De « L'Algérie
c'est la France » à l'Algérie indépendante
Sept ans, deux régimes, trois législatures et huit
gouvernements ont été nécessaires.
LORSQUE la rébellion algérienne
- elle n'est baptisée « guerre » qu'en 1957 - éclate le l"novembre 1954, nul n'imagine en France
qu'elle s'achèvera sept ans et cinq mois plus tard par la reconnaissance
négociée de l'indépendance de l'Algérie.
1954-1956 : L'INTÉGRITÉ DE LA RÉPUBLIQUE
C'est sous le gouvernement Mendès France que la révolte éclate, dans la
nuit de la Toussaint. Onze jours après, un débat a lieu à l'Assemblée, et le
président du conseil déclare: «L'Algérie, c'est la France. » TI dit
aussi : «On ne transige pas lorsqu'il s'agit de défendre la paix intérieure
de la nation et l'intégrité de la République. » Pierre Mendès France n'a pas
alors d'autre politique que celle du statut de 1947 assorti de quelques
réformes dont le droit de vote aux musulmanes. C'est trop. TI est renversé le 5
février 1955.
Edgar Faure, qui lui succède, reprend la même politique : unité de la
métropole et de l'Algérie et respect du statut de 1947 ; il Y ajoute le
collège unique, que combattent aussitôt les élus européens d'Algérie. Les
communistes puis les socialistes réclament de plus en plus fortement des
négociations et, l'Assemblée dissoute, la gauche fait sa campagne sur le thème
de la «guerre imbécile et sans issue» dénoncée par Guy Mollet.
1956-1958 : LA PERSONNALITÉ
ALGÉRIENNE
Président du conseille 1er
février, Guy Mollet se propose de rétablir la paix et de «renforcer
l'union indissoluble entre l'Algérie et la France métropolitaine »,
mais en même temps « de respecter la personnalité algérienne, de réaliser
l'égalité politique totale de tous les habitants d'Algérie », de procéder
le plus rapidement possible à des élections libres. Ce programme et le choix
du général Catroux comme ministre résident en Algérie lui valent, cinq jours
après, d'être l'objet de violentes manifestations à Alger.
Parti pour réaliser l'apaisement chez les musulmans, il revient avec le
souci de le rechercher chez les Européens et en charge Robert Lacoste. La
perspective a changé : le gouvernement conduit néanmoins deux politiques
parallèles : une action militaire, renforcée par l'envoi du contingent et les
pouvoirs spéciaux, et, d'avril à septembre, une série de conversations
secrètes avec le FLN. Elles
échouent. Du côté algérien, on réclame la reconnaissance du «droit à
l'indépendance»: du côté français, on n'offre que celle de la personnalité
algérienne.
Tout en proposant le fameux triptyque : «cessez-le-feu, élections,
négociations », le gouvernement met à l'étude en septembre, à Paris et à
Alger, les «fondements d'une Algérie nouvelle et pacifiée ». La crise de
Suez survient et le statut n'a pas encore vu le jour lorsque Guy Mollet est
renversé en mai 1957. Son successeur, Maurice Bourgès-Maunoury, met en chantier un « projet de loi-cadre », y passe laborieusement tout son
été avant d'être lui-même renversé en septembre sur le projet qu'il soumet à
l'Assemblée nationale. Une première version instituait un conseil de
gouvernement et une Assemblée élue tant au niveau des « territoires » qu'au
niveau fédéral
à Alger. Ses adversaires y virent une évolution inévitable vers la
sécession. Bien qu'édulcorée, la seconde version est repoussée par l'Assemblée.
Un troisième texte, encore en retrait, est adopté sous le gouvernement suivant,
celui de Félix Gaillard, en novembre 1957. TI ne sera jamais appliqué.
1958-1960: L'ASSOCIATION
Sollicité de constituer le gouvernement après 23 jours de crise, Pierre
Pflimlin se propose de poursuivre l'effort militaire et d'offrir, le moment venu, «des pourparlers en vue d'un cessez-le-feu ». C'en est trop. Et c'est
le 13 mai : la IV République s'effondre.
Le 13 mai est apparemment la victoire de l'Algérie française et les propos
du général de Gaulle entretiennent cet espoir jusqu'au référendum du 28
septembre 1958. Le «Je vous ai compris! » du 4 juin retentira longtemps comme une promesse avant de lui
être porté à charge comme une duperie.
La déclaration du 23 octobre 1958, qui comporte l'appel à la « paix des braves », retient comme base de la solution
politique, «la personnalité courageuse de l'Algérie et son association étroite
avec la métropole française ». Le 8 janvier 1959, le jour même où il prend
ses fonctions de président de la République, le général de Gaulle destine à
cette Algérie une «place de choix» dans l'ensemble fonné par la
métropole et les républiques africaines.
Pendant neuf mois, la solution politique s'en tiendra là, et le gouvernement
cherche plutôt une évolution dans le domaine économique et social (plan de
Constantine), et militaire (plan Challe).
Vient enfin la déclaration du 16
septembre 1959. Certes, le chef de l'Etat donne comme fondement
à sa politique l'autodétermination, mais il est clair qu'entre les trois
options théoriques qu'il envisage, il écarte l'intégration baptisée francisation
et la sécession, et qu'il ne retient que «le gouvernement des Algériens par
les Algériens ».
1960-1962 : LA
RÉPUBLIQUE ALGÉRIENNE, INDÉPENDANTE
C'est au dernier jour de la« tournée des popotes », le 4 mars 1960, que le
général de Gaulle prononce pour la première fois l'expression « l'Algérie algérienne ». La formule, et la politique qu'elle
implique, ne cessera plus de développer ses virtualités et ses effets. Le 4
novembre 1960, le général affirme que «l'Algérie aura son gouvernement, ses
institutions et ses lois ». Il glisse même les deux mots explosifs, la «République
algérienne », pour dire que, si elle n'a encore jamais existé, « elle
existera un jour ».
Un mois après, nul ne peut plus entretenir de doute sur la politique
algérienne. Se nouent alors les premiers contacts en vue d'un putsch militaire
en Algérie. Le Il avril, De Gaulle se dit persuadé que l'Algérie sera un Etat
souverain, «au- dedans et au-dehors ». Le putsch a lieu dix jours après
pour tenter d'imposer l'Algérie française.
Enfin, le Il juillet, le président de la République déclare que la France
accepte «un Etat algérien indépendant» ; « un Etat souverain et
indépendant », confirme-t-il le 2 octobre. «L'association» avec la
France, qui reste la contrepartie de l'indépendance, devient « coopération ».
Faute de quoi il y aura « dégagement ».
Finalement les accords d'Evian sont signés le 18 mars 1962. Ils ouvrent la
voie à l'indépendance de l'Algérie, acquise le 3 juillet.
Jacques
Fauvet (20 mars 1962)
M. BOUTEFLIKA DEMANDE « REPENTANCE »
LE PRÉSIDENT ALGÉRIEN, Abdelaziz Bouteflika, a de nouveau ranimé, dimanche 2
juillet 2006, la polémique avec la France en réitérant son souhait d'une" repentance"
de l'ancienne puissance coloniale. La colonisation française en Algérie
(1830-1962) fut" l'une des formes de colonisation les plus barbares de
l'histoire", a affirmé le président algéri.en dans un message adressé
aux participants d'un colloque international à Alger. Il a expliqué que
cette" barbarie" était" caractérisée par la destruction
et les violations flagrantes des droits naturels et civiques les plus
élémentaires du peuple algérien". Le colloque d'Alger avait pour
thème: " Le colonialisme, entre vérité historique et polémique
politique ".
Abdelaziz Bouteflika n'a fait aucune allusion au traité d'amitié entre
l'Algérie et la France, dont la signature, prévue avant fin 2005, a été
reportée notamment en raison de la polémique suscitée par la loi française du
23 février 2005, dont un article, par la suite abrogé à l'initiative du
président Jacques Chirac, mentionnait le " rôle positif" de la
colonisation. M. Bouteflika a, par le passé, posé comme condition à la signature
de ce traité, la " reconnaissance" par la France de ses" crimes"
et des "excuses officielles ". Le chef de la diplomatie
française, Philippe Douste-Blazy, s'est rendu à Alger début avril pour tenter,
sans succès, de relancer ce traité. - (AFP, 4 juillet
2006)