Chateaubriantd: Le Romantisme

Le romantisme est un vaste mouvement de sensibilité et d'idées qui
touche tous les domaines; ce renouveau se manifeste d'abord en Angleterre et en
Allemagne, puis gagne la France et embrase toute l'Europe. Avec Werther, Goethe crée l'image du héros romantique tourmenté et les Ballades lyriques de Coleridge et Wordsworth définissent la
nouvelle tendance littéraire. En France, après Rousseau qui est considéré
comme un précurseur, Chateaubriand illustre
avec René le nouvel état d'âme des
romantiques que l'on appellera «<le mal du siècle>>.
Cette vie, qui m'avait d'abord enchanté, ne tarda pas à
me devenir insupportable. Je me fatiguai de la répétition des mêmes scènes et
des mêmes idées Je me mis à sonder mon coeur, à me demander ce que je désirais.
Je ne le savais pas, mais je crus tout à coup que les bois me seraient
délicieux. Me voilà soudain résolu d'achever, dans un exil champêtre, une carrière
à peine commencée, et dans laquelle j'avais déjà dévoré des siècles.
J'embrassai ce projet avec l'ardeur que je mets à tous
mes desseins, et je partis précipitamment pour m'ensevelir dans une chaumière,
comme j'étais parti autrefois pour faire le tour du monde.
On m'accuse d'avoir des goûts inconstants; de ne pouvoir
jouir longtemps de la même chimère, d'être la proie d'une imagination qui se
hâte d'arriver au fond de mes plaisirs, comme si elle était accablée de leur durée
on m'accuse de passer toujours le but que je puis atteindre: hélas! je cherche
seulement un bien inconnu, dont l'instinct me poursuit. Est‑ce ma faute,
si je trouve par tout des bornes, si ce qui est fini n'a pour moi aucune
valeur? Cependant je sens que j'aime la monotonie des sentiments de la vie, et
si j'avais encore la folie de croire au bonheur, je le chercherais dans
l'habitude.
La solitude absolue, le spectacle de la nature, me
plongèrent bientôt dans un état presque
impossible à décrire. Sans parents, sans amis, pour ainsi dire seul sur la
terre, n'ayant point encore aimé, j'étais accablé d'une surabondance de vie.
Quelquefois je rougissais subitement, et je sentais couler dans mon coeur comme
des ruisseaux d'une lave ardente; quelquefois je poussais des cris
involontaires, et la nuit était également troublée de mes songes et de mes
veilles. Il me manquait quelque chose pour remplir l'abîme de mon existence...
Toutefois cet état de calme et de trouble, d'indigence et de richesse n'était
pas sans quelques charmes.
François-René de Chateaubriand, René, 1802
Très schématiquement, le romantisme peut se définir par
comparaison avec les courants précédents:
Classicisme (XVlle s.)
1. Culte des Anciens
2. Conception de la beauté absolue
3. Intérêt pour la mythologie
4. Respect des règles, mesure
5. Recherche d'ordre, d'harmonie
6. Imitation des modèles
classiques
Rationalisme
(XVlIle s.)
1.
Exaltation
de la raison
2.
Examen
scientifique, certitude
3.
Engagement
social
4.
Littérature
philosophique
5.
Etude
de l'homme en général
6.
Foi en
le progrès de l'humanité
7.
Besoin
de contacts sociaux
Romantisme
(début XlXe s.)
1.
Culte du Moyen Age
2.
Idée de la diversité des goûts
3.
Intérêt pour les légendes du Nord
4.
Exigence de liberté, passion
5.
Goût du mystère et du fantastique
6.
Inspiration et création ,personnelles
7.
Exaltation de la sensibilité
8.
Analyse intérieure, inquiétude
9.
Evasion dans le rêve, exotisme
10.Lyrisme personnel
11.Epanouissement du «moi"
subjectif
12.Dégoût du présent prosaïque
13.Solitude, communion avec la
nature