MAUPASSANT

(1850-1893)

 

La Vie

 

Guy de Maupassant naquit en 1850 près de Dieppe.

Il passa sa jeunesse en plein air, abandonné aux soins de sa mère; il vit à contact avec  la nature, les paysans, les pêcheurs: ces expériences, si riches d'observation, seront pour lui des sources inépuisables pour ses contes et ses romans.

Il fit ses premières études au séminaire d'Yvetot et, ensuite, au Lycée de Rouen. La guerre Franco - prussienne, à laquelle il participa activement, lui empêcha de terminer les études.

Pendant la Troisième République, il devint employé au Ministère de la marine et au Ministère de l’Instruction publique. En même temps, il écrivait des vers et des contes, qu’il soumettait à son ami Flaubert.

En 1880, la nouvelle « Boule e Suif » consacra son succès : dès ce moment, il se dédia entièrement à la littérature et il ne sera jamais  dans la gêne.

De 1880 à 1890, il publia trois cents con­tes et six romans. Il jouit d'une excellente renommée.

Vers 1884, il fut atteint d'une maladie nerveuse, qui le mena à une tentative de suicide.

 En 1892, il est interné dans une maison de santé: frappé de paralysie généra1e, Maupassant mourut l'année suivante, âgé de quarante-deux ans.

 

L’œuvre

 

Ses principaux recueils de contes sont:

 

*   1880 - Boule de Suif

*   1881-La Maison Tellier

*   1882-Mademoiselle Fifi

*   1883 -Contes de la Bécasse

*   1884- Clair de lune

*   1884 -Miss Harriet

*   1887 -Le Horla

 

Ses romans les plus intéressants sont:

 

*   Une vie (1883)

*   Bel Ami (1885)

*   Pierre et Jean (1888)

*   Fort comme la mort (1889).

 

Il a écrit en outre quelques pièces de théâtre, des poésies de jeunesse et des récits de voyage.

 

 

 

 

L’ ŒUVRE

 

                                   LES ROMANS

 

 

1885 BEL AMI 

 

Résumé

Georges Duroy se rend à Paris pour chercher fortune. Son ami Charles Forestier lui ouvre le chemin du journalisme.

Sa carrière est rapide; il obtient aussi, grâce à son char­me - qui lui vaut le surnom de "Bel-Ami" -, un complet succès chez les femmes. Après la mort de Forestier il en épouse la veuve Madeleine: il réussira à gagner une partie d'un riche héritage. Ensuite, Bel-Ami devient amoureux de Suzanne, la fille du propriétaire de son journal; afin de pouvoir l' épou­ser, il doit se délivrer de Madeleine: il y réussit en la fai­sant surprendre en compagnie de son amant, le ministre Laroche­-Mathieu.

Après le divorce, (il) enlève Suzanne et force ses parents  à lui donner la permission de se marier: la mère de Suzanne, qui raffole de Bel-Ami, ne peut pas s'opposer, et elle devient folle par la douleur

 

 

BEL AMI 1885- Quelques réflexions.

 

Ce roman fut publié en 1885, c'est-à-dire deux ans après "Une vie" (1883); il est très célèbre et c'est un des ouvr­ages les plus connus et les plus aimés de Maupassant.

Georges Duroy – autrement  Bel-Ami - et son hypocrisie triomphante sont les protagonistes du roman: Bel-Ami domine la scène par ses troubles aventures sentimentales, par sa rage de succès, par ses trahison. Il ne reste fidèle qu' à soi-même, mais son charme est inépuisable.

Maupassant décrit ce personnage comme l'ex-officier oisif, cruel, escroqueur: il n' est pas, évidemment, beaucoup de sympathie pour lui.

M. Forestier est le sincère ami de G. Duroy: il a confiance en lui, il contribue à sa carrière et à son succès; quand cet honnête homme est très malade et il va mourir, Bel-Ami n' hésiter pas à confesser à sa femme son amour.

Il faut remarquer que Maupassant trace un tableau scabreux et inexorable de la société de son époque, ce qui contribua  faire de "Bel-Ami" le roman du jour.

 

1888        PIERRE ET  JEAN

 

Résumé

 

 M. Roland, un ancien bijoutier de Paris, décide de se retirer au Havre et de se consacrer à sa grande  passion: la pêche.

Ses fils sont deux: Pierre, âgé de trente ans, médecin, qui ne S’est pas encore installé; Jean, âgé de vinGt-cinq ans, qui voudrait devenir avocat.

Entre les deux frères il y a de la rivalité: Pierre est triste, profond, inquiet, impulsif; par contre, Jean est calme, méthodique, tendre.

Le cadet est amoureux de M.me Rosémilly, une jeune veuve.

Une nouvelle inattendue bouleverse la sérénité de la famille: M. Maréchal, un vieil ami de Paris, a laissé tout son héritage à Jean. Tous se réjouissent de ça, sauf Pierre: surtout il est tourmenté par le doute que M.Maréchal était le père de Jean.

Cette pensée l'accable: enfin, il parvient à la vérité, que il craignait.

Après l'aveu de sa mère, Pierre décide de quitter la famille; il ira exercer sa profession sur un transatlantique.

Jean épousera M.me Rosémilly, et M. Roland ne saura jamais que sa femme l'avait trahi.

 

 

PIERRE ET JEAN (1888)- Quelques réflexions

 

 

C'est le quatrième roman de notre écrivain, après 1equel il publiera "Fort comme la mort" (1889) et "Notre cœur" (1890).

L’angoisse, la peur, les doutes et les remords qui rongent les personnages sont les éléments fondamentaux de ce roman.

Par sa précise et cruelle analyse psychologique, Maupassant nous fait vivre les drames des protagonistes et, surtout, la lutte intérieure mais acharnée entre les deux frères.

Le doute qui rôde autour du cœur de Pierre devient insupportable, avec le temps, pour le lecteur aussi: mais. tout cela est passionnant.

Dans ce roman, c’est la sympathie de l'Auteur envers Pierre qui paraît: ce personnage est profond, inquiet, déchiré par ses doutes et par ses pensées, qui lui font du mal. On peut dire que (Pierre) le caractère de Pierre ressemble à celui de son créateur.

Il faut remarquer aussi quelques passages vraiment poétiques, où Maupassant peint de grands tableaux naturels par le privi­lège de sa fantaisie à la fois subjective et objective:

 

« Et on voyait d'autres navires, coiffés aussi de fumée, accourant de tous les points de l' horizon vers la jetée cour te et blanche qui les avalait tous comme une bouche, l'un après l'autre. Et les barques de pêches et les grands voiliers aux mâtures légères glissant sur le ciel, traînés par d'imperceptibles remorqueurs, arrivaient tous, vite où lentement, vers cet ogre dévorant, qui, de temps en temps, semblait repu, et rejetait vers la pleine mer une autre flotte de paquebots, de bricks, de goélettes, de trois-mâts chargés de ramures emmêlées (…..) ».

 

 

 

 

 

 

 

LES CONTES

 

L’auberge – (« le Horla »)

 

 

« L' Auberge » fait partie des contes de la  peur, dont le "Hor­la." est le plus important.

C' est une dramatique aventure de montagne, (que l' écrivain rend très palpitante)

L' auberge dont on parle c'est un refuge,(qui se trouve en­tre les glaciers, les neiges et les hautes cimes des montagnes, tout  près d' un passage) des Alpes Suisses.

Pendant l' hiver, à cause du froid, du glace et de la neige, la famille Hauser, qui habite l'auberge pendant six mois, s'en va dans la vallée, en laissant garder le refuge à deux guides: le vieux Gaspard et le jeune Ulrich. Ulrich à du se séparer de sa fiancée - la jeune Hauser - pour rester l' hi­ver dans l'auberge; il pense très souvent à elle.

La vie pour les deux guides est très monotone,(malgré les longues parties aux cartes et les soins du ménage.) Le vieux Gaspard a la passion pour ln chasse aux chamois: mais un soir, il ne retourne pas au refuge.

D' abord, Ulrich ne se préoccupe pas; mais, à fur et à mesure que les heures s' écoulent, il devient de plus en plus inquiet: il part alors. avec son chien, afin de (le) chercher:  Il rentre après deux jours à l'auberge, sans avoir retrouvé Gaspard.

C'est le début, pour le jeune Ulrich, des tourments et des cauchemars: il se renferme dans le refuge, il ne réussit plus à vivre normalement, ne pouvant s'endormir et rêvant toujours l' âme du vieux Gaspard qui le persécute sans cesse.

La chose la plus effrayante et la plus merveilleuse est la description des différents états d'âme d'Ulrich: les cauche­mars qui l'accablent le mènent à la folie.

C' est le triomphe de la maladie et de la mort, sans pitié: quand, le printemps, la famille Hauser revient à l'auberge, elle trouve(d’ abord le squelette du chien dans la neige: Ulrich, craignant qu'il était l'esprit de Gaspard qui venait se venger, l’avait laissé dehors;) Ulrich (fut trouvé) dans la maison avec les cheveux blanchis, qui lui tombaient aux épaules. Au pays, les médecins constatèrent qu' il était fou.

Maupassant, comme d' habitude, rend cette tragique et sa commotion par une conclusion brusque et lapidaire: "La petite Hauser faillit mourir, cet été-là, d'une maladie de langueur que on attribua au froid de la montagne.".

 

 

Amour- (« le Horla »)

 

Cette nouvelle, très émouvante et délicate, fait partie du recueil intitulé le "Horla".

L'Auteur e. été invité par son cousin Karl à une partie de Chasse dans une me vallée où le gibier est abondant.

 Les deux hommes, à trois heures de la nuit, se rendent au point choisi pour l' affût. (agguato)  ­

Dans ce conte, perce l'amour de Maupassant envers la Nature: les paysages sont décrits avec tendresse et sentiment; l'atmosphère est sombre et inquiète: "La lune... répan­dait une lumière sèche et triste sur le monde, cette lueur mourante et blafarde qu'elle nous jette chaque mois, à la fin de sa résurrection.".

On attend: tout à coup, les oiseaux sauvages,(réveillés par la lueur du foyer,) apparaissent au-dessus des deux chasseurs, qui tirent plusieurs fois: ils tuent beaucoup de gibier.

Quand le jour se lève, deux oiseaux glissent brusquement sur leurs têtes: les deux hommes tirent encore et un d'eux est abattu. Maupassant  écrit: "Alors, dans l'espace au-dessus de moi, une voix, une voix d'oiseau cria. Ce fut une plain­te courte, répétée, déchirante; et la bête, la petite bête é­pargnée se mit à tourner dans le bleu du ciel au-dessus de nous en regardant sa compagne morte que je tenais entre mes mains."

 Et encore: "Jamais gémissement de souffrance ne me déchira le cœur comme le reproche lamentable de ce pauvre a­nimal perdu dans l'espace.". On tire de nouveau: "Je vis une chose noire qui tombait...". Encore une fois, la conclusion de la nouvelle est dramatiquement lapidaire: "Je les mis, froids déjà, dans le même carnier... et je repartis, ce jour­-là, pour Paris...".

 

Les principaux sentiments qui se manifestent dans ce conte sont: l'- amour envers la Nature et la conception profondé­ment pessimiste de l'âme humaine, qui n'est point digne de être comparée aux sentiments purs des animaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’ESTHETIQUE ET LE STYLE DE MAUPASSANT

 

Les conceptions esthétiques de Maupassant  se trouvent expri­mées surtout dans la préface de « Pierre et Jean ».

Notre écrivain partit sous l' étendard de Zola et du Naturalisme, mais il se détacha bientôt de ce groupe par sa conception du réalisme.          

Il écrit:         ­

« L' art consiste à user des précautions et des préparations, à ménager des transitions savantes et dissimulées, à mettre en pleine lumière, par la seule adresse de la composition, les événements essentiels et à donner à tous les autres le degré de relief qui leur convient, suivant leur importance, pour produire la sensation profonde de la vérité spéciale qu'on veut montrer... Chacun de nous se fait simplement une illusion du monde, illusion poétique, sentimentale, joyeuse, mélancolique, sale ou lugubre, suivant sa nature. Et l' écrivain n' a d'autre mission que de reproduire fidèlement cette illusion avec tous les procédés d'art qu'il a appris et dont il peut disposer."

 

Et encore:

"Faire vrai consiste donc à donner l'illusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-mêle de leur succession. J'en conclus que les Réalistes de talent devraient  s’ appeler plutôt des Illusionnistes.".

On peut bien comprendre les motifs de la séparation de Maupassant du courant de Zola: il dit que l'écrivain ne doit pas ­donner la photographie de la vie, mais il doit choisir dans la réalité les événements les plus importants et dont il pos­sède une expérience directe: ainsi il peut parvenir à la vérité humaine; malgré l'impersonnalité reste un idéal, la peinture doit être la plus objective possible.

La conception de la vie de Maupassant nous parvient à travers la description qu'il fait de ses expériences: il nous parle avec sympathie des pays et des paysans de Normandie, des pe­tits bourgeois, des employés, des pauvres gens.

Dans les romans et dans les contes que nous avons lus, le pessimisme est toujours présent, souvent poussé jusqu' à l' exaspéra­tion. On a dit que "...cette nausée universelle... est tempérée par une bonne humeur qui se répand en ironies, en gaieté­ dans ses satires et en bonhomie enfin dans ses dégoûts. Son amertume ne va pas jusqu'à la cruauté. (...) - DUMESNIL _". A notre avis, par contre, Maupassant est profondément pessimiste, cynique, fataliste: on voit ça surtout dans ses derniers contes, qu' il écrivit peu d' années avant sa mort.    .

 En outre il ne nourrit aucune illusion de progrès pour le monde qu’il a représenté

Ses analyses psychologiques sont merveilleusement subtiles et impitoyable ; les tableau qu’il trace de la société de son époque sont fidèles et scabreux, tandis que ses description des paysages naturel sont fantastiques et poétiques.

Il sait pénétrer dans le cœur de ses personnages et dans le cœur même de la  Nature.

Maupassant est aussi un classique par le Choix qu’il fait de la réalité à analyser, par la précision de son observation et par la pureté et la souplesse de sa prose : il aime les conclusions brusques et lapidaires. Son expression est sobre et puissante.