MADAME DE STAËL

1786-1817

 

Caractère et esprit de Madame de Staël

 

Madame de Staël appartient au XVIIIe siècle, elle est le XVIIe siècle vivant, le XVIIIe siècle tout entier: car les courants les plus contraires se rassemblent en elle. Elle a l’ âme de Rousseau par l’intensité de la vie sentimentale, mais par l’esprit elle est fille de Voltaire, fille du XVIIIe siècle raisonnable et mondain. La religion du siècle est sa religion: elle croit au progrès, à al perfectibilité nécessaire et infinie de l’humanité. Jamais elle ne doutera de la raison ni la répudiera. Elle résume donc en elle les deux aspects du XVIIIe siècle; elle y ajoute pourtant quelque chose : le cosmopolitisme.

Les Français l’avaient été d’idée, de désir, mais en “théorie”.

En fait ils n’ont pas été capables de sortir  d’ eux - mêmes; leur cosmopolitisme, n’est qu’une prétention de réduire toute l’humanité à leur forme.

La vie a poussé  Mme de Staël vers  le cosmopolitisme: chassée de Paris, elle vit à Coppet où son salon donne, pour ainsi dire, sur trois portes: sur la France, sur l’Italie et sur l’Allemagne.

Chassée de Coppet, la Russie, la Suède, l’Angleterre la reçoivent. Elle a couru toute l’Europe et a crée une littérature COSMOPOLITE.

 

L’oeuvre

 

Les  deux ouvrages les plus importantes de Mme de Staël sont:

 

1.   DE LA LITTERATURE considérée dans ses rapports avec les institution sociales (influences de la religion, des moeurs et des lois sur la littérature, et de la littérature sur la religion, les moeurs et les lois) (1800).

Mme de Staël applique à la critique littéraire la méthode que Montesquieu avait employée dans “ l’Esprit des lois”  (t.1 pag. pour expliquer les phénomènes politiques.

Il ne convient plus au critique de juger la littérature au nom du goût éternel (Classicisme du XVIIIe siècle) comme il ne convient au législateur de  fixer  des lois a priori comme les émanation d’une Justice absolue (Montesquieu).

Toute oeuvre littéraire s’explique par des causes particulières, telles que l’époque, le régime, le climat , le sol.

Madame de Staël fonde ainsi la critique littéraire et Historique. ( voir Taine )

(texte - Photocopie- La littérature chez les Anciens et les Modernes)

 

2.   DE L’ALLEMAGNE (1813) Ce livre a une importance fondamentale pour la formation du romantisme en France et dans les pays latins. Il suscita lors de sa publication des controverses passionnées.

     Cet  ouvrage comprend quatre parties:

 

a)  De l’Allemagne et des moeurs des Allemands

b)  De la littérature et des Arts.

c)  La philosophie et la morale

d)  La religion et l’enthousiasme

(v. texte tome 2  pag.216- La poésie classique et la poésie romantique)

     Il y a deux éléments à considérer dans ce livre:

 

A)  Le premier, moins apparent aujourd’hui, mais le plus vivement senti par les contemporains, est une protestation du droit contre la force, du principe des nationalités contre l’esprit de conquête. M. de Staël au milieu du silence effrayé de l’Europe, élève une voix généreuse et éloquente: la police impériale ne s’y trompa point ( l’édition de 1810 fut détruite par Napoléon et paraîtra en 1813)

 

Romans

Delphine (1802) et Corinne (1807)

Ce sont deux romans autobiographiques, deux portraits idéalisés de l’auteur qui inaugurèrent en même temps que René  de Cheteaubriand ( et suivant l’exemple de La Nouvelle Héloise de Rousseau et le Werther  de Goethe) la littérature personnelle du Romantisme. Dans ces deux romans, les Hommes gênés par les conventions sociales et par les respects humains, font piètre figure, tandis que les deux héroïnes, femmes supérieures, l’une par les sentiments, l’autre par l’intelligence, s’acharnent à lutter  avec toutes leurs forces contre la société tyrannique qui, comme pour les châtier de leur supériorité, les condamne à la solitude.

 

werbul1a   Lettres sur les écrits et le caractère de J. J. Rousseau (1788)

werbul1a   L’influence des passions sur le bonheur des individus et des nations(1796)

 

L’écrivain

Madame de Staël n’a pas du tout une nature d’artiste. Elle a l’imagination très sentimentale, nullement esthétique.  Tout pour elle, son coeur comme le reste, n’est que “ matière de connaissance”.

Exemple: Madame de Staël et Chateaubriand ont parlé de la  campagne romaine.

Madame de Staël nous  “décrit”  la campagne romaine,

Chateaubriand, qui est un artiste, nous “donne” la sensation  intense de la campagne romaine .

 

Influence

Madame de Staël a frayé quelques-unes des grandes voies où s’engagera la littérature romantique.

En Italie on traduira ses oeuvres qui contribueront à la diffusion des idées romantiques. Les écrivains du Conciliatore les connaîtront, ainsi que Gioberti, Mazzini, Leopardi, Manzoni.

 

La femme

Dans les derniers jours de septembre 1794, Madame de Staël se voyait rejointe sur la route de Lausanne par un chevalier aux cheveux roux. Ils parlèrent politique.... et six mois plus tard elle ne pouvait plus se passer de Benjamin Constant.

Ni lui, d’elle.

Tel fut le préambule d’une dramatique et rayonnante liaison qui défraya la chronique mondiale et européenne du XIXe siècle.

L’italien Sismondi écrit: “ on a pas connu Madame  de Staël si on ne l’a pas vue avec B. C. Lui seul avait la puissance, par un esprit égal au sien, de mettre en jeu tout son esprit” 

Ni leurs  trahisons, ni leurs ruptures, ni leurs mariages respectifs. ( v. Adolphe de B.C.) ne rompront le fil ténu, mais solide de leur étrange liaison.

B.C. accourut immédiatement auprès de Mme de S. morte et sollicita comme une faveur la première vieille funèbre.

Madame de Staël exerça aussi son ascendant:

-sur l’allemand, Schlegel, précepteur de ses fils, qu’elle fit tomber dans ses filets en six mois;-sur  Maurice O’Connel et sur Johon Rocca qu’elle épousa secrètement.

Et pourtant M. de S. était laide. Sans grâce elle n’avait non plus aucun goût pour la toilette. C’était une femme large, d’allure hommasse, aux embroussaillés toujours surmontés du fameux turban. “Sa bouche”- a dit un contemporain - est un vrai soupirail d’enfer.”

La châtelaine de Coppet était laide et sa force fut de le savoir et de ne pas l’admettre.