MADAME DE STAEL DE LA
LITTERATURE 1800 Mme de Staël distingue en Europe deux grandes familles de littératures celles du Midi et celles du Nord. Ce qu’il ya
d’intéressant, c’est l’idée d’expliquer par le climat, les différences qui
séparent les deux groupes de littératures. Il faut chercher l’origine de
cette idée dans Montesquieu. Cette vue originale devait renouveler en France
la critique en substituant aux jugements dogmatiques l’étude des conditions
historiques qui expliquent la formation des œuvres littéraires La littérature du Nord et la littérature du midi
I.
Il existe,
ce me semble, deux littératures tout à fait distinctes, celle qui vient du
Midi et celle qui descend du Nord ; celle dont Homère est la première source,
celle dont Ossian[MPB1] est l’origine. Les Grecs, les
Latins, les Italiens, les Espagnols et les Français du siècle de Louis XIV
appartiennent au genre de littérature que j’appellerai la littérature du
Midi. Les ouvrages anglais, les ouvrages allemands, et quelques écrits des
Danois et des Suédois, doivent être classés dans la littérature du Nord, dans
celle qui a commencé par les bardes écossais, les fables islandaises et les
poésies scandinaves….
II.
L’on ne peut décider d’une manière générale
entre les deux genres de poésie dont Homère et Ossian sont comme les premiers
modèles. Toutes mes impressions, toutes mes idées me portent de préférence
vers la littérature du Nord ; mais ce dont il s’agit maintenant c’est d’examiner
ses caractères distinctifs. III.
Le climat
est certainement l’une des raisons principales des différence qui existent
entre les images qui plaisent dans le
Nord et celle qu’on aime à se rappeler dans le Midi . Les rêveries des
poètes peuvent enfante[MPB2] r des objets extraordinaires, mais les impressions d’habitude se
retrouvent nécessairement dans tout ce que l’on compose. Eviter le souvenir
de ces impressions, ce serait perdre le plus grand des avantages, celui de
peindre ce qu’on a soi-même éprouvé. Les poètes du Midi mêlent sans cesse
l’image de la fraîcheur, des bois touffus[MPB3] , des ruisseaux limpides à tous les sentiments de la vie, ils ne se retracent [MPB4]pas même les jouissances du cœur sans y mêler l’idée de l’ombre
bienfaisante qui doit les préserver des brûlantes ardeurs du soleil. Cette
nature si vive qui les environne excite
en eux plus de mouvements que de pensées[MPB5] . C’est à tort, ce me semble, qu’on a dit que les passions étaient plus
violentes dans le Midi que dans le Nord. On y voit plus d’intérêt divers,
mais moins d’intensité dans une même pensée ; or c’est la fixité[MPB6] qui produit les miracles de la
passion et de la volonté. IV. Les peuples du Nord sont moins occupée des plaisirs que de la douleur, et leur imagination n’en est que plus féconde. [MPB7]Le spectacle de la nature agit fortement sur eux ; elle agit comme elle se montre dans leurs climats, toujours sombre et nébuleuse. Sans doute les diverses circonstances de la vie peuvent varier cette disposition à la mélancolie ; mais elle porte seule l’empreinte de l’esprit national. Il ne faut chercher dans un peuple, comme dans un homme, que son trait caractéristique : tous les autres sont l’effet de mille hasard différents ; celui-là seul constitue son être. La poésie du Nord convient beaucoup plus que celle du Midi à l’esprit d’un peuple libre. Les premiers inventeurs connus de al littérature du Midi, les Athéniens, ont été la nation la plus jalouse de son indépendance. Néanmoins il était plus facile de façonner à la servitude les Grecs que les hommes du Nord. L’amour des arts, la beauté du climat, toutes ces jouissances prodiguées aux Athéniens, pouvaient leur servir de dédommagement[MPB8] . L’indépendance était le premier et l’unique bonheur des peuples septentrionaux[MPB9] ….. (1er
partie – Chap. XI- Extrait) |
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[MPB1]Ossian, barde écossais du IIe siècle. Mac Person (1738-96)
publia sous le nom d’Ossian un recueil de poèmes. |
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[MPB2]partoriscono |
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[MPB3]folti |
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[MPB4]rappresentano |
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[MPB5]Le Midi reste<à la surface pris plus
par le mouvement que par la pensée |
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[MPB6]la castanza |
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[MPB7]le climat pousse à se renfermer et donc
à une pensée plus profonde |
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[MPB8]risarcimento |
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[MPB9]Libre essor à l’imagination et au
sentiment |