JEAN-JACQUES
ROUSSEAU
(1712-1778)
Ayant perdu sa mère à sa
naissance, le jeune Jean-Jacques passe les premières années de sa vie dans la
protestante République de Genève : d'abord avec son père, un horloger, puis
chez un pasteur de Bossey (1722).
Entré en apprentissage
chez le graveur Ducommun, il se révolte et s'enfuit de Genève un soir de mars
1728. Errant sur les chemins de Savoie, il est recueilli à Annecy par Mme de
Warens, qui le convertit au catholicisme.
Puis, tout en
accomplissant divers métiers, il reprend sa route en compagnie d'un autre
chemineau. Mais il revient toujours vers sa protectrice qu'il appelle «maman »,
et poursuit dans le calme des Charmettes, non loin de Chambéry, son éducation
religieuse et littéraire, s'initie à la musique... Années heureuses, qui
prendront fin avec l'apparition d'un jeune rival en 1737, puis avec la rupture
définitive en 1740.
Précepteur chez un seigneur lyonnais, professeur
de musique (Jean-Jacques inventa même un nouveau système de notation), secrétaire
d'ambassade à Venise, Rousseau se lie avec un petit noyau d'artistes,
fréquente les Encyclopédistes et Diderot. Mais sa maladresse et sa timidité
l'excluent du grand monde dans lequel il cherche pourtant à pénétrer malgré son
désir d'indépendance. En 1745, il se lie avec Thérèse Levasseur, une servante
d'auberge dont il aura cinq enfants, tous confiés aux Enfants trouvés.
Le Discours sur les sciences et les arts (1750)
est couronné par l'Académie de Dijon et rend le nom de Jean-Jacques
Rousseau célèbre du jour au lendemain.
Poussant plus
loin ses thèses, il publie cinq ans plus tard le Discours sur l'origine
de l'inégalité et revient au protestantisme, pour accorder sa
vie à ses principes.
Sur l'invitation de Mme d'Epinay, Rousseau séjourne deux
années à l'Ermitage, près de Montmorency (1756-1757) : il y mène une vie
champêtre, traversée par la passion pour Mme d'Houdetot, les brouilles (avec
Diderot) et les rancœurs. Recueilli par le maréchal de Luxembourg, il passe
quatre années à Montmorency où il rédige la Lettre à d'Alembert (1758), La
nouvelle Héloïse (1759), Émile et le Contrat
social (1762).
Condamné par le
Parlement de Paris pour l’Emile il
s'exile successivement en Suisse à
Môtiers (qu'il quittera en 1765 « lapidé » par une population hostile contre
lui par le pasteur), puis en Ang1eterre chez le philosophe Hume. Enfin, en 1770
revient se fixer à Paris, pauvre et solitaire termine la rédaction des Confessions,
des Dialogues et des Rêveries du promeneur solitaire qu'il achève peu de temps avant sa mort dans la propriété du
marquis de Girardin, à Ermenonville où se trouve son tombeau.
1750
Discours
sur les sciences et les artsÞ idée de « vertu » est au centre du livreÞle dévouement naturel de l’homme pour ses
semblables est en danger dans un monde gouverné par le luxe et la corruption.
Peu à peu la nature humaine s’est voilée et il reste l’illusion de la liberté à
ses esclaves d’eux-mêmes, esclaves des sciences des arts. L’individu est devenu
étranger à ses semblables n’osant plus paraître ce qu’il est
1759
Discours
sur l’origine de l’inégalitéÞ reprend, en les élargissant, les idées développées dans le texte précédent.
L’opposition de l’être et du paraître à la
base de la société fournit l’argumentation centrale du texte. Il entend remonter
à la source du mal et non seulement en critiquer les effets. Il présente deux
moments :
L’état naturel
La société commencée
La première partie est sous le signe de la solitude et de la forêtÞmonde d’innocence où le mal est exclu
Le développement Historique se confond
avec le progrès du malÞle mal est l’histoire.
La
dialectique rousseauiste de l’inégalité se fonde sur le regard :
En se regardant l’homme fait naître l’orgueil
Ensuite chacun commence à regarder les autres et à vouloir être
regardé
Le paraître l’emporte peu à peu sur l’être détruisant l’harmonie d’une vie
bâtie sur l’insouciance.
R. fait ainsi une analyse existentielle de l’inégalitéÞl’inégalité est l’origine et
l’aboutissement du mal et l’homme doit trouver en lui-même la solution de ses
malheurs
1762
Contrat
SocialÞtente de
déterminer les bases d’une société politique dans laquelle
l’homme jouisse de ses droits et soit
garanti contre l’oppression.
L’idée - force était : puisque
l’homme est bon par nature, le mal est a rechercher dans les peuples, ou plus
exactement chez « l’homme mal gouverné ».
Livre I Þ le pacte social. Après avoir réfuté les
fausses solutions (monarchie divine, paternalisme, esclavage), R. propose le «
contrat social» : Þ«chacun de nous
met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la
volonté générale; et nous recevons en corps chaque membre comme partie
indivisible du tout.».
Livre II : la
souveraineté. Ses caractères abstraits : elle est inaliénable, indivisible et
doit respecter la liberté individuelle. Son mode d'action : «Quand tout le
peuple statue sur tout le peuple, c'est cet acte que j'appelle la loi.
J'appelle donc République tout état régi par des lois. Tout gouvernement
légitime est républicain.»
Livre III : le
gouvernement. Il n'est que le serviteur du peuple, qui est la souveraineté.
Définition de l'état idéal.
Livre IV : fonctionnement.
Rome exemple des rouages politiques. La religion civile «bienfaisante,
pourvoyante, tolérante. »
La lecture du Contrat
appelle trois grandes remarques :
1.
L'enchaînement méthodique des idées confirme que Rousseau
mêle intimement morale et politique: « l'homme est un être moral auquel il
faut une morale faite pour l'humanité».
2.
Les principes définis ne s'appliquent pas indifféremment
à tous les États : il s'agit avant tout de préserver les pays neufs, les
« pays rustiques », de la servitude, du despotisme et de la ruine auxquels
sont condamnées les vieilles civilisations.
3. Enfin, Rousseau
établit une distinction fondamentale entre la volonté générale
qui est la souveraineté, et la volonté de tous, somme de volontés
parfois déchaînées, d'où émane le gouvernement. Mais, au terme de son
analyse politique, Rousseau donne à l 'homme une nouvelle nature. En perdant
son état originel, l 'homme devient un citoyen, et retrouve par
le « contrat» l'équivalent de ce qui lui a été ôté : à l'état libre
de nature équivaut dans l'état social la liberté fondée sur le contrat,
véritable « autonomie de la volonté ». L'idée de possession naturelle se
change en concept de propriété de biens nécessaires que garantit la
loi; l'individualisme physique en individualité morale, pour aboutir à la
notion même de citoyen. L'inégalité naturelle se dissout au profit de
l'égalité de droit de tous devant la loi. La nature et ses caprices se
voient remplacés par une volonté quasi divine, sorte de providence politique:
la souveraineté. L'homme se trouve refaçonné par l'art politique
.
1762. ÉMILE Þc’est un gros volume d’éducation destiné à préserver l’homme
de la corruption,
il devait être lu comme un « tout complet » avec le Contrat Social.
Livre 1 : « l'âge de
nature ». Les devoirs du père et de la mère. Un « élève imaginaire» :
Émile, orphelin. La première éducation: « Avant de parler, avant d'entendre, on
s'instruit déjà» : les sensations.
Livre
II : «l'âge de nature» (2 à 12 ans). Éducation de la sensibilité : « le
bien-être de la liberté», « la dépendance des choses». Éducation morale : pas de
discours. Éducation intellectuelle : partir des choses sensibles, pas de
livres. Éducation physique et préceptes d'hygiène. Éducation des cinq sens.
Livre
III : « l'âge de force» (13 à ]5 ans). Education
intellectuelle à partir d'expériences. Un seul livre : Robinson Crusoë. Éducation
sociale et manuelle : choix d'un métier, critique des préjugés. « Émile a peu
de connaissances, mais celles qu'il a sont véritablement siennes. »
Livre
IV : « l'âge de raison et des passions»(15 à 20 ans). Éducation de l'être
moral (problèmes sexuels, moraux, politiques, sociaux). L'éducation religieuse
: Profession de foi du vicaire savoyard. La religion naturelle, les
religions révélées. Reprise de l'éducation morale (problèmes affectifs,
mondains et esthétiques).
Livre V : « l'âge de
la sagesse et du mariage». Sophie ou «]a femme» : son éducation et son
caractère. Émile et Sophie. Les voyages. Conclusion « Riche ou pauvre, je
serai libre... Partout où il y a des hommes je suis chez mes frères... Donnez-moi
Sophie et je suis libre.
1765 ConfessionsÞ douze livres qui retracent la carrière de J-J.Rousseau
de sa naissance à l’exil anglais. Elle furent publiées après sa mort en 1782
(première partie) et en 1789 (deuxième partie).
Il voulait montrer lui-
même à ses semblables comme un homme dans toute la vérité de sa nature . Il ne fait pas seulement la
narration de sa vie , mais il veut montrer à ses lecteurs hypocrites que tout
intérieur humain, si pur qu’il puisse être recèle quelque vice odieux.
Face au complot qu’il sent
tramé contre lui il tente d’établir son innocence en accusant la société et la
destinée.
Pour définir l’homme qu’il est devenu, R. remonte à son
enfance, car il est convaincu qu’une autre enfance lui aurait donné une autre
vie. Cette démarche montre le rôle déterminant des premières années dans la
formation d’une personnalité.
Son goût de la solitude
est une tentative de retrouver le paradis perdu
La religion de Rousseau
Une chose frappe
d'emblée à la lecture des propos du vicaire
(dans « Emile »): il n'entend pas convaincre, il «expose»
seulement ce qu'il «pense dans la simplicité de son cœur ».
C'est dire que la
position de Rousseau est ici personnelle et n'entend point être élevée au rang
d'argument.
Le sentiment
religieux de Rousseau est une réponse au doute stérile de la philosophie.
Plutôt que de chercher une réponse dans les
systèmes existants, Jean-Jacques adopte une attitude qui lui est familière : il
se renferme en lui-même, se met à l'écoute de lui-même et consulte «sa lumière
intérieure », sa conscience, guide infaillible.
Pourquoi s'épuiser à comprendre le monde, à
rechercher des raisons ou des preuves matérielles de l'existence de Dieu, à
s'imaginer sa nature? Ne suffit-il pas de le sentir au fond de son cœur en
admirant les merveilles de la création!
Les «preuves» de
cette religion naturelle soulèvent immédiatement deux questions:
l'existence du mal
des religions révélées.
Reprenant les
arguments des Discours, Rousseau balaye le problème du mal: s'il existe ce
n'est pas à la Providence qu'il faut s'en prendre, mais à l'homme lui-même dont
les progrès et la vie sociale ont peu à peu détruit l'harmonie originelle.
Les diverses
religions ne l’arrêtent pasÞ Devant
l’impossibilité de choisir la meilleure, mieux vaut se contenter de
croire en sa conscience et d’adorer
humblement l’Être suprême, quel qu’il soit