VERCORS (1902  -1991) 

 LE SILENCE DE LA MER


C'est un dessinateur, illustrateur, graveur et donc pas un écrivain professionnel, du nom de Jean Bruller, qui a publié secrètement en 1942, sous l'occupation nazie, le livre le plus célèbre de la Résistance française.

Sous la pression des circonstances historiques, cet artiste de l’art graphique, change à quarante ans de mode d' expression, même si l’écriture apparaît comme la prolongation du dessin.

 Il écrit alors Le Silence de la Mer, sous le pseudonyme de Vercors,  pour traduire en acte l’opposition des intellectuels à l’envahisseur allemand.

Pour Vercors l’Oevre Littéraire  :

1.       peut constituer une action de refus politique et être le moyen de diffusion d’une position idéologique.

L’exigence de la dénonciation de la guerre rappelle l'intelligentsia à ses responsabilités et à l’engagement.

Dans une société marquée par le conflit, 1'intellectuel s 'interroge sur son rôle.

Dans sa réflexion sur les rapports de la littérature avec les urgences d 'un tel contexte socio-historique, Bruller constate avec préoccupation en 1940 que certains écrivains se laissent attirer par la propagande de Vichy et sont tentés de collaborer avec l’ennemi.

L’ Oeuvre

Le Silence de la Mer devait être publié en octobre 1941 dans La Pensée libre, revue clandestine dirigée par Pierre Lescure, qui publiait des articles contre le nazisme,

Le gouvernement  nazi s’installa à Vichy . La Gestapo emprisonna l'imprimeur, fusilla les rédacteurs, détruisit le matériel de la revue qui cessa de paraître.

Bruller  décida de publier lui- même son œuvre.

Il fonda alors clandestinement les Editions de Minuit, une maison d’édition, qui édita durant l’occupation allemande une quarantaine d’auteurs et qui existe encore aujourd'hui.

Sa première publication fut Le Silence de la Mer, achevé d'imprimer le 20 février 1942 et tiré à 350 exemplaires.

Les frais avaient été couverts par une souscription. La diffusion fut d’abord restreinte

. Le livre, distribué en zone libre, à Lyon, à Clermont-Ferrand, à Marseille, circulait à Paris copie à la main et dactylographié.

Plus tard il fut largement diffusé par la Résistance, traduit en anglais et réédité à Londres par De Gaulle, et même parachuté sur papier bible (carta india) par l’aviation anglaise.

 Personne jusqu’à la Libération ne connaîtra la véritable identité de l’auteur qui se cachait sous le pseudonyme de Vercors.

Comme nom de guerre Bru1ler avait choisi celui du massif des Préalpes françaises, le Vercors, une « forteresse naturelle » située dans une des régions de France, le Dauphiné, qui servit de refuge à de nombreux résistants, et où les maquis devaient se battre le plus courageusement en 1944.

Un silence éloquent

Selon Vercors face à la propagande allemande et à la tentation de collaborer avec l’ennemi, la seule attitude digne pour un écrivain, un artiste, c’était au moins le silence, un silence qui ne signifiait pas résignation, obéissance, mais, au contraire, mépris, rage.

Dans Le Silence de la Mer le terme « silence », qui parcourt tout le texte est employé au moins trente fois.

Sous le silence obstiné que l’oncle et la nièce opposent à l’officier allemand, hôte indésirable, on pressent l’agitation de réactions contradictoires, de changements intérieurs imprévus, d’émotions inavouées.

Une tranquillité apparente et une lutte souterraine.

 C'est l'opposition calme/ouragan qui relie les deux termes du titre, le silence et la mer : en apparence calme et silencieuse sous le ciel bleu, la mer au fond recèle (nasconde, occulta, cela) la mêlée incessante et cruelle des bêtes qui s’entre-déchirent, s ' entre-dévorent.

La signification du silence s’élargit, à partir de cette famille française, au silence de toute la France occupée.

Dans Le Silence de la Mer, l'officier tente de persuader la famille qui le loge des bons sentiments de l’Allemagne envers la France.

Il y parviendra presque, et sera même sur le point de gagner, par sa sincérité, la confiance de la jeune fille. Et pourtant elle ne dira pas un mot.

Vercors a motivé l'impossibilité pour la jeune fille de parler, par un épisode de sa biographie, une expérience personnelle vécue dans son village, à Villiers-sur- Morin. A son retour, après la défaite et l’armistice, il trouve sa maison occupée par un officier  allemand qui la quitte aussitôt avec la plus grande affabilité, pour laisser place à la famille reconstituée. Quelques jours plus tard, l’officier, ayant croisé Vercors au Village, le salue aimablement avec un sourire : il ne lui rend pas son salut, la nuque raide. Vercors rencontre l’Allemand souriant pendant des semaines, mais chaque fois il détourne la tête et ne répond pas au salut. La fille se comportera de façon analogue. Ce silence inentamé sera rompu un instant seulement, à la fin , par un imperceptible « Adieu » qui marque l’impossibilité définitive de la communication .

Le « bon » Allemand

On a reproche à Vercors que son Allemand apparaissait trop raffiné, trop aimable et humain. Vercors a justifié sa caractérisation positive de l' officier des années d’occupation comme - le meilleur des Allemands possible -justement pour rendre plus convaincant et persuasif le « message » de son récit.

Si l’officier allemand s’était montré grossier ou agressif, le refus des deux Français aurait été prévisible et insignifiant.

En revanche Vercors voulait démontrer que même avec le meilleur des Allemands imaginable, musicien et francophile, un grand ami de la France, tout rapport amical aurait été une duperie, sinon une trahison.

 Le récit devait montrer que le premier désir d’un Français était de Résister à cette sympathie et de se retrancher dans le refus, l'amour entre ennemis est un amour impossible.

La nièce, en bonne patriote, repousse les sentiments que lui inspire l'officier.

 Dans Le Silence de la Mer, le conte La Belle et la Bête, évoqué par l’Allemand comme exemple d'une douce et longue habitude qui arrive à susciter compréhension et amour, fait allusion à la constance d'une conquête lente et progressive.

L’Allemand est sincèrement épris de la France, de sa culture, de son peuple ; il prêche l’amour et la réconciliation dans son monologue qui dure six mois ; mais, malgré sa sincérité et son ton enchanteur, il ne parviendra pas à convaincre vraiment des nobles intentions allemandes, ceux à qui il s'adresse.

Une Composition presque Théâtrale

 

La structure cette œuvre est essentiellement théâtrale :

 

*   Des brefs chapitres comme des scènes

*   Deux parties comme deux actes

*   Un décor fixe ( un salon Bourgeois)

*   Confrontation entre les trois personnages (drame à  Huis clos)

*   Espace enfermé

*   Extérieur géographique non précisé (n’importe où , en France)

*   Sorte de résistance domestique à l’occupant nazi

*   Le monologue de l’officier a une organisation dramatique :le metteur en scène guide ses entrées par la porte, ses déplacements, ses arrêts, ses gestes, ses expressions, les modulation de sa voix, ses pauses à effet.

*   L’oncle et la nièce ne parlent pas, mais ils jouent leur rôle à travers leurs attitudes et le langage du corps et des yeux ( échanges des regards et du mouvement des mains accorde aux personnages une interprétation contrôlée et intimiste )

*   Eléments visuels qui invitent le lecteur à voir (ex. scène de l’Allemand qui joue de l’harmonium)

*   Phrases brèves, concision presque classique : récit dépouillé, condensé

*   Structure répétitive : parallélisme de certaines scènes ( première entré de l’officier correspond à celle de la dernière rencontre)

*   Noyau thématique du monologue : comparaison France/ Allemagne (oppositions : Esprit/Force, Amour/Haine, Lumière/Ombre, Parole/Silence, Belle/Bête , Chartres/Nuremberg, Paix/ Silence)

*   La guerre est un processus irréversible que même l’amour ne peut arrêter : impuissance des hommes à empêcher le conflit.

 

Absurdité de la guerre

Les massacres, les tueries inutiles de la guerre, les réalités intolérables et l'horreur des camps de concentration ont donné à Vercors une conscience graduelle de l' « absurdité » d'un univers où la guerre représente l’absurdité suprême.

La réflexion sur l’événement de la guerre conduira Vercors, dans sa riche production postérieure de l' « humanisme »  à s'interroger sur la notion « d'homme » et sur ce qui fait sa « qualité ».

La guerre enlève sa dignité à l'homme, mais c’est à travers la rébellion aux forces qui l'entraînent vers l'animalité, qu'il donnera un sens à la vie, une raison à l'existence.

Après la Libération, Vercors a joué le rôle « d'écrivain public », il a parcouru le monde afin d 'y faire connaître ce qu’avait représenté la Résistance, et tout d’abord la Résistance des intellectuels dont Le Silence de la mer était l’expression comme une sorte d’oeuvre « collective ». En France encore aujourd'hui il est réédité constamment avec succès en livre de poche.

 

 

 


Vie et Œuvre de Vercors

 

 

1902

Jean Bruller naît à Paris le 26 février, exactement cent ans après la naissance de Victor Hugo. Son père avait émigré en France de sa Hongrie natale et était devenu propriétaire d 'une petite maison d’éditions.

 

1914-1918

De douze à seize ans, patriote à tous crins.

1919

Baccalauréat après avoir fréquente 1 'Ecole Alsacienne à Paris.

1922

Diplôme en 1922 d'ingénieur- électricien.

1924

Nommé sous-lieutenant de réserve ; il passe six mois en Tunisie.

1938

Publication d 'un recueil de cent soixante estampes parues périodiquement depuis 1932, La Danse des Vivants.

1939

Officier skieur dans l'infanterie alpine dans les Ardennes, il se casse la jambe et passe sa convalescence à Romans, sous le massif du Vercors.

Il rentre dans son village, à Villiers-sur-Morin, en Seine-et- Marne et gagne sa vie comme simple menuisier.

 

 

Contexte historique et culturel

 

 

 

Ministère Combes.

 

 

 

 

Première guerre mondiale.

 
 

 

 

 

 

 

 
Mussolini au pouvoir en Italie

 

 

 

 

 

 

Gouvernement Daladier de centre-droite. L’Allemagne annexe l’Autriche.

 

 

 

 

L’Allemagne occupe la Tchécoslovaquie ;

3 septembre : Déclaration de guerre franco- Anglaise à l’A1lemagne ; début de la deuxième guerre mondiale.

 

 

 

 

 

 

 

 

1940

 

 

 

 

 

 

1941

Collaboration à la revue clandestine la Pensée Libre. De Pierre Lescure

1942

Publication du Silence de la Mer sous le pseudonyme  Vercors

1943

 

 

 

 

1944

 

 

 

1945

 

 

 

1953

I1 est elu president du Comite National des Ecrivains Voyage en Chine.

 

 

 

 

Hitler envahit 1 'Europe de 1 'Ouest ; en mars les Allemands occupent Paris. Juin : gouvernement

collaborationniste du maréchal Pétain à Vichy ;

De Gaulle lance de la BBC de Londres un appel à la Résistance. Avec l' Armistice franco- allemand et franco-italien la France est divisée en zone :occupée (moitié Nord du pays) et zone libre (moitié Sud).

 

 

Offensive Allemande contre la Russie ;entrée en guerre des Etats - Unis

 

 

 

 

Les Allemands envahissent la zone libre.

 

Défaite allemande à Stalingrad ; chute de Mussolini ; débarquement des alliés en Sicile et en Calabre.

 

6 juin : débarquement des A11iés en Normandie

 8 août : libération de Paris.

 

 

Mort de Hitler et de Mussolini. Capitulation de l' Allemagne et libération des camps de concentration ; paix en Europe : en France de Gaulle devient chef du gouvernement Provisoire.

 

. Mort de Staline.

 

 

 

 

 

1954

 

 

 

 

 

1958

 

 

 

 

1969

 

 

 

 

1974

 

 

 

 

1981

 

 

 

 

1991

Vercors meurt en juin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Guerre d'Algérie (1954-1962). Ministère Mendés France.

 

 

 

 

 

De Gaulle est élu Président de la Cinquième République

 

 

 

Pompidou est élu Président de la République.

 

 

 

 

Valery Giscard d'Estaing est élu Président de la République.

 

 

 

Mitterrand est élu Président de la République Gouvernement de centre-gauche