Dans la Préface
de “Thérèse Raquin”(1868) Zola parle des “écrivains naturalistes”.
Si le réalisme
restait une tendance diffuse, le naturalisme qui continue en l’exagérant apparaît
comme un mouvement littéraire avec une doctrine et une école . Zola qui est le
chef du groupe énonce la doctrine naturaliste : « Toute opération
consiste à prendre les faits en agissant sur eux par les modifications des
circonstances et des milieux ».
Cette tâche
scientifique qu’il assigne au romancier nouveau est déjà préparée par les
Goncourt, attentifs à l’importance du physiologique et même du
pathologique dans la conduite des êtres ( V. Taine) .
En 1877 Huysmans
dit que les naturalistes sont « des artistes assoiffés (assetati)
de mondanité »
Ils chercherons
la modernité dans les bas- fonds de la société.
LES GONCOURT
(Jules 1830-1870) – (Edmond 1822-1896)
Les deux frères
avaient vécu une rare communion sentimentale et intellectuelle- Ils s’efforcent
d’appliquer au roman leur méthode de travail historique. En effet ils s’étaient
fait remarquer par leurs monographies sur la société et l’art du XVIIIème
siècle.
Ils ont repris les méthodes de l’histoire et
ils se documentent précisément avant de construire leurs romans. L’intrigue a
une place secondaire et ils se conduisent comme des historiens qui à la place
de raconter le passé, pour faire un roman, racontent le présent.
Les G. ont voulu
prouver que les « basses classes » avaient droit au romans
(« Germinie Lacerteux »1865)
Germinie
Lacerteux est un roman qui fait entrer le peuple dans le romans (comme
Zola notera).
La méthode
des Goncourt
Les G. adhèrent à
l’esthétique réaliste : ils veulent peindre la « vie vraie ». Ils
collectionnent les documents, prennent des notes « d’après nature »
sur la banlieue ou le Paris des faubourgs. Ils décrivent presque toujours des
histoires dont ils ont été témoins ..
Leur originalité
est dans le fait qu’ils montrent une prédilection pour des « cas »
exceptionnels ou pathologiques.
Les titres de leurs romans :
1861 Sœur Philomène- milieu
des hôpitaux
1864 Renée Mauperin- milieu
bourgeois
1879 Les frères Zemganno- milieu du
cirque
1882 La Faustin- milieu du théâtre
1860 Charles Demailly- milieu des
gens de lettre
1867 Manette Salomon- milieu des
peintres
indiquent déjà
une attention vers un seul personnage et se porte sur un cas qui est , à
proprement parler, un cas pathologique.
Germinie
Lacerteux 1865
Nous présente un cas d’hysterie.
Ils décrivent les
contradictions relevées dans la conduite de la servante (leur propre servante
Rose) et les phrases sucessives de sa dégradation : ivrognerie
(ubriachezza) dissimulation, vol, crasse (
), débauche ( ) consomption et mort.
Style
Ils ont créé un style original et très
travaillé qu’ils ont eux- mêmes nommé « écriture artiste ».
Ils utilisent
volontiers des longs retours en arrière qui éclairent le passé du personnage
pour expliquer la crise présente. La marche dramatique se confond avec le
processus d’une lente dégradation.
La narration
souvent disparaît et laisse la place aux analyses , aux tableaux, aux éléments
documentaires.
Au point de vu du
style :
1.
Ils brisent
les éléments logiques de la syntaxe
2.
Ils
reproduisent par des néologismes audacieux et même par des incorrections
volontaires , la nuance fugace de chaque impression
La promenade de
Germinie Lacerteux en compagnie de
Jupillon dans une « campagne » qui n’est pas la banlieue, est un exemple
de cet impressionnisme littéraire. Ils utilisent la juxtaposition, la méthode
de mosaïque qui rendent bien la fugacité des choses et des êtres, mais qui
contiennent le danger de morcellement, de collage.
On a appelé les G. des « réalistes de
l’art pour l’art ». Leur Réalisme artiste est ambigu.
Le roman avec eux
évolue vers la chronique, vers le livre de pure analyse.
ZOLA (1840-1902) (voir E. Zola)
Zola est
l’écrivain du naturalisme. Baudelaire et Flaubert avaient déjà utilisé le mot
« naturalisme » à propos de Balzac. En 1867 Zola fait paraître
« Thérèse Raquin » qui est une analyse quasi scientifique d’un cas de
Physiologie : celui de « deux brutes humains », Thérèse et
Laurent deux personnages « dominés par leurs nerfs et leurs sang,
dépourvus de libre arbitre, entraînés à chaque acte de leur vie par les
fatalités de leur chair ».
Sans doute
l’œuvre trouve son antécédent en « Germinie Lacerteux » et
s’inspirait des théories de Taine sur l’influence du milieu. Zola était ainsi
un écrivain naturaliste qui étudie les espèces humaines comme on étudie les
espèces animales.
Sa formation sera
complétée par la lecture des ouvrages du docteur Lucas sur l’hérédité et par
« L’introduction à la médecine expérimentale » de Claude Bernard (en
1878) à qui empruntera la théorie de l’expérimentation. En 1879 dans « Le
roman expérimental », Zola montre que le romancier, au lieu de se
contenter de photographier le réel, doit intervenir d’une façon directe pour
placer son personnage dans des conditions dont le romancier reste le
maître :
1.
Le romancier
doit prendre les fait dans la nature,
2.
étudier le
mécanisme des faits en agissant sur eux par les modifications des circonstances
et des milieux
Le romancier crée à la fois les causes et les effets, aussi bien que les milieux
des personnages.
Tout le contenu de l’expérimentation vient de lui- même.
Les Rougon-
Macquart sont l’illustration de cette théorie.
Huysmans 1848-
1907
Joris-Karls
Huysmans, né à Paris débute en littérature
par un recueil de poèmes en prose (1874)
« Le Drageoir aux épices ».
PERIODE
NATURALISTE
En 1876 un roman
de mœurs « Marthe » lui vaut l’amitié de Zola.
Il adhère au
mouvement naturaliste.
Dans « Sac à
dos » (reproduite dans « Les soirées de Medan ») il évoque la
defaite de 1870 (Sédan)
1879 Les Sœurs Vatard
1881
En ménage
1882
A vau-l’eau
Il décrit les
quartiers des milieux populaires, un atelier de brochage (laboratorio di
alesaggio) , un restaurant de cochers (cocchieri).
Il semble écœuré
par la vulgarité des aventures qu’il raconte.
PERIODE DECADENTE
H. Commende à
s’intéresser aux raffinements de l’art et de la poésie moderne (Monet, Degas,
Cézanne, Baudelaire, Verlaine, Mallarmé)
1883
« A
Rebours »Þ Il se détourne de la vie réelle et
construit pour son plaisir un monde artificiel
Son héros , Des Esseintes, affirme la décadence.
En 1883 H. avait
pris conscience de 3 événements :
Verlaine était retourné à Paris et il revient au premier rang de
l’actualité littéraire.
Publication de « Les poètes maudits » Þtrois études sur Tristan Corbière,
Rimbaud, Mallarmé. (Symbolistes)
Névroses de Rollinat
Syrtes de Jean MoréasÞ premier
recueil poétique de la décadence
1884Apparition
de Des Esseintes
Comme Châteaubriant avec René, Huysmans a contre son gré lancé une mode
avec le personnage qu’il étudie dans « A Rebours », Des
Esseintes : le type sera pris pour modèle.
Des Esseintes a pris la société en dégoût.
Il décide de s’enfermer dans la
solitude de sa demeure où il mène une vie sous signe de l’artifice. Il goûte la
littérature et l‘art décadents. Sa névrose, ses hallucinations l’assaillent.
Des Esseintes se désespère à l’idée de retrouver ses semblables. Il implore
le Dieu des chrétiens, mais ses besoins l’excentricité étaient enfin des
transports vers l’idéal, vers un univers inconnus vers une béatitude lointaine.
Le Mystique
H. comme son héros rêve d’échapper au
désespoir par la foi.
Au cours de cette dernière période H. condamne explicitement le naturalisme
auquel il reproche d’avoir incarné le
matérialisme dans la littérature.