JEAN –PAUL SARTRE

(1905-1980)

 

La VIE

 Jean Paul Sartre est né à Paris le 12 juin 1905. Son père , Jean-Baptiste Sartre, était officier de marine ; sa mère s’appelait Anne- Marie Schweitzer (le célèbre « docteur Schweitzer » était cousin de Sartre).

Jean-Baptiste Sartre meurt lorsque son enfant n’a que deux ans.

Anne- Marie va vivre chez les siens à Meudon où le grand- père Schweitzer exerce une grande influence sur le futur écrivain, aussi pour ce qui concerne sa précoce vocation littéraire.

 Très choyé (coccolato) par son grand- père, par sa mère et par sa gouvernante, Sartre s’aperçoit de n’être, au dehors du milieu familial, «  ni merveille, ne méduse » mais seulement «  un gringalet » qui n’intéressait à personne. Cette cuisante humiliation lui ouvre les yeux : le monde ne tourne pas rond ; entre les désir du petit Jean-Paul et  la réalité, entre ses jugements et les jugements d’autrui un mur s’élève.

La contradiction se transforme bientôt en opposition et, plus tard, en hostilité, mépris, dégoût. Ce sont les « mots » à sauver Sartre : les mots qu’il lit en dévorant l’un après l’autre les livres de la bibliothèque de son grand- père et surtout les mots qu’ils écrit, qu’il commence à écrire avant encore de fréquenter  l’école.

En 1916, sa mère se remarie avec le directeur de l’Arsenal de la Rochelle , où Sartre fréquente le lycée.

Après le Baccalauréat, il est admis à l’Ecole Normale de Paris, qu’il fréquente entre 1924 et 1928.Son amitié avec Simone de Beauvoir remonte à cette époque. Leur liaison va durer toute la vie.

Après le service militaire à Tour, de 1931 à 1933, Sartre est professeur de philosophie du Havre. Par la suite il se rend à Berlin, comme boursier de l’Institut Français. Là il assiste à la prise de pouvoir des nazis et lit pour la première fois les œuvres de Heidegger.

Toute son œuvre philosophique, à partir des premières recherches de psychologie phénoménologique en trois volumes : L’imagination (1936), Idée d’une théorie des émotion (1939), L’imaginaire (1940), s’inspire à  l’existentialisme de Heidegger.

Entre 1934 et 1939, Sartre est professeur de philosophie au Havre, à Léon et, enfin, au lycée Pasteur de Paris.

Dans cet entre-temps, il  publie le roman « La Nausée » et un recueil de contes, « Le Mur » où les principes de la philosophie existentialiste sont déjà développés.

En 1939 est appelé sous le drapeau et  prête son service militaire.

L’année après, il est fait prisonnier par les Allemands et il est interné à Trèves, mais il se  fait passer pour civil et il peut rentrer en France où il fait partie de la Résistance active.

En 1943, il publie son premier drame, « Les Mouches », où il reprend le mythe de l’Orestiade, et autres œuvres.

En 1945, il fonde la revue  « les Temps modernes » , destinée à être le lieu d’élection des trois expériences fondamentales de sa vie : l’expérience philosophique, l ?expérience littéraire et l’expérience politique.

En 1946, Sartre va comme journaliste en U.S.A. C’est le premier d’une longue séries de voyages dans toutes les parties du monde.

L’année après, il donne vie, avec Rousset, Rosenthal et d’autres, à un nouveau parti, le Rassemblement Démocratique Révolutionnaire, de tendance radicale, mais les résultats électoraux de 1948 en provoquent la faillite et, plus tard , la dissolution.

Plus convaincante est la prise de position de Sartre en faveur de la «  négritude », le mouvement de renaissance culturelle néo- africaine. Dans cet entre- temps il s’occupe aussi de cinéma.

Il écrit le scénario de « Les jeux sont faits » et « L’Engrainage ».

En suite Sartre soutient, dans un long essai : Les Communistes et La Paix, la validité fondamentale des thèses marxistes et il assume une nette position de « compagnon de route » du Parti Communiste, ce qui provoque des éclatantes polémiques  avec quelques-uns des écrivains et des philosophes de son cercle comme Camus.

 Son engagement politique se fait de plus en plus actif : en 1952 il se déclare contre la guerre française en Indochine et il se dresse contre la répression soviétique à Budapest.

En 1961, il publie le Manifeste    affirmant le droit à l’insoumission des Français mobilisés dans la guerre d’Algérie et il adhère à l’organisation clandestine qui appuie le Front National de Libération Algérien.

 1964, c’est l’année de l’attribution du prix Nobel pour la littérature que Sartre refuse ; son refus est dû surtout à sa volonté de cohérence avec le rôle publique qu’il  a assumé.

Dans ces dernières années, la vie de Sartre sera caractérisée surtout par les manifestations publiques de son « attitude politique ».

 

LA PENSEE

 

Sartre prononce en 1946 une conférence : « L’Existentialisme est un Humanisme », où il vise à préciser dans quel sens faut-il interpréter un terme que l’usage aveugle  avait rendu vague jusqu’à ne signifier plus rien : ou mieux à signifier les choses les plus banales.

L’existentialisme sartrien peut être défini une philosophie de la liberté, du choix et de la responsabilité.

L’homme doit inventer sa vie, son destin, il doit construire ses propres valeurs.

Il n’y a pas une essence de l’homme à préfigurer son existence ; ni des normes, des lois, des autorités à prédéterminer son comportement.

Les biens-pensants refusent les expériences radicales et révélatrices du néant, de la nausée, de l’angoisse, fondamentales  selon Sartre, pour engendrer chez l’homme la crise apte à provoquer l’exigence  de la liberté et des valeurs.

 Dans toutes ses œuvres, on saisit la même conception de l’homme, de l’histoire, de la morale, de la littérature et de la politique.

Pourquoi sommes-nous au monde ?

Selon Sartre, du moment que Dieu n’existe pas, notre vie est due au hasard.

L’existence est donc inutile ; elle se surajoute à la nature inanimée. Sartre pense qu’il faut « modifier la vie par le travail ».

Voilà un aspect du tempérament sartrien qui n’a pas été mis assez en valeur : son travail, un Travail de chaque jour (nulla dies sine linea= pas un jour sans écrire au moins une line, dit lui-même).

« J’écris toujours. Que faire d’autre ? »

L’engagement de l’écrivain est, un des aspects essentiels de la morale sartrienne, telle qu’elle s’est configurée surtout après la Résistance.

Il veut signifier que l’écrivain n’est pas un officiant de l’art, mais que l’art est pour lui une façon d’exprimer et de transformer le monde. L’artiste est un protagoniste.

«  Je tiens Flaubert et Goncourt pour responsables de la répression qui suivit la Commune parce qu’il n’ont pas écrit une ligne pour l’empêcher ».

Ce n’est pas, en effet, la pensée qui engage, mais l’action, et pour l’écrivain l’action est la parole

 

SARTRE ET LE THEATRE

 

C’est le théâtre qui  a surtout contribué à al popularité de Sartre.

Cela dépend d’une raison très simple : Sartre s’est toujours servi des formes de dramaturgie traditionnelle.

Il n’a jamais ressenti le besoin de recourir à des innovations formelles pour faire comprendre ce qu’il voulait dire.

Mais contrairement au théâtre bourgeois traditionnel, théâtre psychologique, avec des personnages aux caractères bien définis, le théâtre sartrien est un théâtre de situations.

Sartre lui-même dit : «  il faut montrer au théâtre des situations simples et humaines et des libertés qui se choisissent dans ces situations….. ce que le théâtre peut montrer de plus émouvant  est un caractère n train de se faire, le moment du choix, de la libre décision qui engage une morale et tente une vie… il faut trouver des situations si générales qu’elles soient communes à tous……

 

1943 Les mouches Þ engagement individuel

                                   illustrations mythiques et intemporelles

1944 Huis closÞ théâtre anti -situation

1946 Morts sans sépultureÞ il décrit le comportement de quelques hommes en face de la torture et  la mort

1948       Le mains salesÞ      il  présente le conflit du réalisme et de l’idéalisme en politique

Engagement au nom de la  collectivité

1951 Le Diable et le bon DieuÞ l’homme seul maître de son destin

 

1959 Les Séquestrés d’AltonaÞ il évoque le désarroi (sgomento) d’une conscience égarée par l’Hitlérisme.

 

 

Il n’y a pas  de renouvellement technique /scénique .

L’héros  veut par un acte irréversible engager sa vie Þ échapper au vide de leur existence .

 

 LES MOUCHES

 Dans « Les Mouches » inspiré à l’Orestiade , Egisthe (le roi) et Jupiter (le dieu) incarnent tout ce qui limite, s’oppose ou opprime la liberté : le ordre, la loi , le pouvoir, qui se fonde sur la force  et non pas sur  la justice.

Ils prennent donc toutes sortes de précautions : ils s’entourent de prêtres et de soldats, il surveillent rigoureusement tout individu susceptible de pouvoir.

Jupiter domine les hommes par la terreur, les repentirs, les pestilences symbolisées par les mouches qu’infestent le ciel d’Argos.

Egisthe exploite les anciennes croyances de son peuple, il alimente l’obsession pour le péché par l’évocation périodique des morts, qui  tourmentent les veuves infidèles et les parents qui les ont oubliés.

Contre l’acceptation de ces mystifications Oreste incarne la bonne foi .

Il a la mission de venger la mort de son père et choisit l’acte qui lui permettra de se réaliser : il tue Egisthe et Clytemnestre. De cette façon, il arrive à sauver sa ville de l’obsession des erreurs du passé

 

HUIS CLOS

Résumé

Dans un salon d’hôtel sordide, un garçon d’étage introduit un homme, Garcin, et deux femmes, Inès et Estelle.

Nous sommes en enfer : ces personnages sont des morts qui vont  subir leur supplice. Ils se décident à jeter leur masque, énonçant leurs crimes . Soulagés par cet aveu, ils tentent  de se supporter et de s’aider mutuellement : inutile !

L’enfer, c’est les autres, c’est le regret  d’autrui qui éclaire notre secret honteux, les pires tortures corporelles sont moins redoutables (temibili) que cette atroce souffrance morale.

Garçin frappe contre la porte du salon, qui s’ouvre, la voie est libre…….

Mais il est saisi de terreur comme devant un gouffre (abisso), les trois damnés regagnent leur place désespérés, ils sont inséparables pour l’ éternité.

 

Remarques

Huis clos est situé dans une ambiance plus mystique que « Les Mouches » , l’enfer. Qu’est-ce que c’est l’Enfer dans cet apologue hallucinant ?  C’est la coexistence de trois personnages enfermés dans une pièce pour l’éternité. Chacun des trois personnages a désormais, vécu sa vie  et ne peut la modifier en rie : contrairement aux êtres vivants le « damné » est dépourvu de liberté.

Il n’y a plus aucune décision à prendre.

L’être vivant, en effet, est toujours en cause ; il peut se projeter sans cesse dans le futur, mais après la morte, au contraire sa destinée est fixée à jamais, sans possibilité aucune de modification.

La formule de Huis Clos « l’enfer c’est les autres » concerne les êtres vivants et non pas les morts.

 

 

LES MAINS SALES

 

Le drame « Les mains sales », composé en 1948, est centré sur la contradiction entre la politique et la morale, entre le but et les moyens pour l’atteindre.

Le sujet a été suggéré par l’assassinat de Trotski.

Résumé

Au cours de la deuxième guerre mondiale, dans un pays imaginaire de l’Europe orientale, l ‘Illyrie, Hugo a été chargé par le parti communiste de tuer Hoederer , un chef communiste, car celui-ci veut trouver un  accord dans «un but politique » avec les partis de droite. Hugo est envoyé chez Hoederer comme son secrétaire, mais les jours passent et Hugo ne se décide pas à tuer : c’est qu’il commence à admirer Hoederer. Il se décide lorsqu’il voit sa femme, Jessica, dans les bras d’Hoederer.   Il a donc  tué par jalousie. Lorsqu’il sort de prison, quelques années après, la politique du parti a changé : Hoederer avait raison et sa mémoire  a été réhabilité.

Hugo, témoin embarrassant d’un crime que l’on désire oublier, doit être tué. Olga cherche à le sauver, à condition qu’il suive la nouvelle politique du parti, c’est-à-dire justement la politique de Hoederer.  Hugo reste inébranlable dans sa résolution et il est tué.

 

Remarques

Hugo a été défini par la critique un sort d’Hamlet moderne ; il est  un jeune intellectuel d’origine bourgeoise impatient d’  « agir » pour démontrer, à soi- même et aux autres, d’être un véritable militant révolutionnaire, d’effacer par un acte  son origine, mais incapable de s’arracher à sa propre subjectivité. 

« Les mains sales », aussi par le thème apparemment anti- communiste  de la pièce, est l’œuvre dramatique de Sartre qui a obtenu le plus grand succès de public, en France comme à l’étranger.

Sartre même, dans une interview sur « Les mains sales » dit : « ….. Se l’insieme della borghesia francese decreta un successo trionfale alle « Mani sporche »  i comunisti lo attaccano , vuol dire che il dramma è diventato da solo anticomunista, oggettivamente, e le intenzioni soggettive dell’autore non contano più…. »  

 

Heiddegger

Né en 1889 dans le Grand Duché de Bade, Martin Heidegger est professeur titulaire à l'université de Fribourg à partir de 1928 . En 1933, il il est élu recteur de cette université. Hitler est alors chancelier de l'Allemagne. Après quelques mois de coopération sur le plan administratif, il donne sa démission, en 1934 (cet épisode administratif et politique lui sera très souvent reproché - Heidegger a appartenu au parti nazi jusqu'en 1945). Interdit d'enseignement en 1946, Heidegger reprend, en 1951, son enseignement à Fribourg.Heidegger est mort en mai 1976.

 

Les racines

 

La réflexion de Sartre s'est nourrie d'influences complexes et souvent contradictoires :

• d'abord celle de la philosophie allemande : il faut mentionner ici Hegel (tout particulièrement avec sa dialectique de la négativité), Marx (théorie du travail humain et de l' histoire), Husserl (idée d'intentionnalité ) et Heidegger (sa notion de Dasein, d'être-dans-le-monde, influencera Sartre qui, néanmoins, se séparera de lui par son humanisme) ;

• mais Sartre hérite également de la philosophie de Descartes : le cogito transparent à lui même est au centre de sa réflexion ;

• enfin, il faut mentionner l'influence sur Sartre du philosophe danois Sören Kierkegaard, influence paradoxale puisque Kierkegaard fut violemment anti-hégélien.

 

Les apports conceptuels

 

Sartre, dans toute son œuvre, est le philosophe de la liberté. Récusant la fatalité, il a peint l'homme, dans tous ses écrits, comme un existant maître de ses valeurs et de l' histoire.

Les concepts fondamentaux de la philosophie de Sartre sont les suivants :

• le pour-soi, manière d'être de l'existant humain, qui secrète du néant et ne peut coïncider avec lui-même. Le pour-soi est inséparable de la conscience : " la loi d'être du pour-soi, comme fondement ontologique de la conscience, c'est d'être lui-même sous la forme de présence à soi " (L'Etre et le Néant, lle partie); - à articuler au pour-autrui ...

• l'être-en-situation caractérise le pour-soi en tant qu'il est responsable de sa manière d'être, ce qui résulte du fait concret qu'il est un existant au milieu d'autres existants. Cette situation est historique et varie pour chaque homme. "Ce qui ne varie pas, c'est la nécessité pour lui d'être dans le monde, d'y être au travail, d'y être au milieu des autres et d'y être mortel".

• la conscience, mouvement de transcendance vers le monde et les choses, mouvement fondamentalement transparent à lui-même ;

• l' existence : exister, c'est être-là, surgir dans le monde et s'y forger ; "l'existence précède l'essence " : l'homme est d'abord dans l'univers où il imprime sa marque et se construit ainsi librement ;

• l'angoisse : sentiment et saisie de l'imprévisibilité de notre liberté, lorsque la conscience appréhende son avenir, devant lequel elle est totalement libre , l'angoisse est " la saisie réflexive de la liberté " (L'Etre et le Néant) et se distingue de la peur, qui a un objet déterminé ;

• la liberté, pouvoir que détient la conscience de se soustraire à la chaîne des causes et d'échapper aux déterminations naturelles ,

• le projet : l'homme est pro-jet , sa conscience se jette en avant d'elle-même vers l'avenir.

Il est fondamentalement liberté et transcendance.